Sylvie Manseau
Oui, Moi j’ai heurté un mur, un mur de pierres, un mur de béton armé….j’ai heurté la douleur !
En un instant tout a basculé, tout ce que je pensais être n’est plus. Tout je que je voulais faire était devenu inutile, voire impossible. Ce soir, j’ai mal et j’ai peur. J’ai mal de tout mon dos, de toutes mes hernies et je les sens m’envahir. Ce soir j’ai mal. J’ai mal de tout ce que j’ai perdu, j’ai mal de tout ce que je peux perdre, demain, ma vie, mon avenir, mon amoureux, mes enfants, mes amis, l’automne, l’hiver… Tout, parce que tout change lorsque le matin je me lève et que j’ai mal, et le soir, quand je me couche, j’ai encore mal.
La douleur c’est une sangsue qui s’accroche à toi et qui ne veut pas décrocher. Elle est là, permanente, lancinante, dérangeante, détestable, haïssable, mais elle est là, et elle est là, et je n’y peux rien.
D’abord, il y a les spécialistes : physiatre, neurochirurgiens, professionnels de la douleur et médecin de famille qui tous ont tenté de l’expliquer, de l’endormir, de l’opérer. Tous ceux-là ont, lorsque la situation se complique un peu, cette fâcheuse facilité à retourner le ballon ailleurs, mais surtout pas dans leur propre terrain : l’équipe, ça n’existe pas ! Absence de prise en charge et interdisciplinarité quasi inexistante !
Et puis, il y a les autres. Ceux qui nous sont proches et chers ou simplement des amis, des connaissances, et qui jugent ! As-tu mal toi - Non je n’ai pas mal… J’ai mal tout le temps, j’ai mal quand je dors, quand je mange, quand je marche, quand je ne marche pas, quand je pense, quand je ne pense pas ! Qu’est-ce qu’il te faut de plus -
Comment dire aux autres ce que je suis, ce je que je ressens, pour qu’ils comprennent, sans juger, sans dire : « Et ben, elle se plaint le ventre plein », « Et ben, dans le fond, c’est pas si mal d’être en congé de maladie, payée à rester chez soi! ».
Mal - Oui j’ai mal. Peur - Oui j’ai peur ! Mais, mais !
La douleur m’a ravagé le corps et l’esprit. Mais dans la nuit qui s’allonge, j’ai vu l’espoir. J’ai vu l’espoir à travers les bonheurs simples et grandioses tout à la fois de la vie elle- même, j’ai vu les rires sous toutes ses formes, les rires de Claude, ceux d’Eugénie, de Léonie, d’Antoine, de Simon, d’Hubert, de Sambas, de Line, de Robert, de Lucie, de Claire, de Jocelyne, de Marie-Claude et, de ces gens-là qui m’aiment et que j’aime encore et sans oublier Simone, ma chatte et mes orchidées qui ne cessent de m’éblouir ! Plus le malheur est grand, plus il est grand de vivre, de sentir et d’évoluer. Mon défi est celui-là même qui me pousse, malgré la douleur, à écrire parce que je peux dire à ceux qui souffrent qu’ils seront entendus, un jour, et aux autres, ces autres qui nous sont proches et chers, qu’ils peuvent apprendre à comprendre, sans juger, et qu’ils peuvent continuer d’aimer.
Sylvianne Manseau, le 22 octobre 2008.
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